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DKW
l'ancêtre des FRAMO, BARKAS et WARTBURG
 
     

Un précurseur...


J.S. Rasmussen
Né le 30 juillet 1878 à Nakskov au Danemark, 10 ans tout juste après August Horch, fils d'un armateur, Jörgen Skafte Rasmussen compléta ses études techniques et décrocha son diplôme d'ingénieur dans la région de Chemnitz, en Allemagne – et nul ne sait très bien pourquoi là – à Mittweida et Zwickau, dans une école d'ingénieurs que fréquenta également August Horch dix ans auparavant.
Après avoir travaillé quelques temps, comme ingénieur à la "Rheinische Maschinenfabrik" de Düsseldorf, il repartit en Saxe où, en 1902, à l'âge de 24 ans, il crée, avec son ami Ernst, sa première société sous l'appellation "Rasmussen und Ernst - Apparatebau GmbH" et s'installe à Zschopau, dans une fabrique de mouchoirs désaffectée. Sa première activité industrielle fut la construction d'éléments et de périphériques de chaudières à vapeur. Déjà de caractère très entreprenant, il participa en 1914 à la co-fondation de la société "Elite" qui construisait des motos et des voitures. Mais la Première Guerre Mondiale fraîchement déclarée entraîna rapidement une pénurie de carburant qui contraignit le royaume de Saxe à passer commande à Rasmussen d'un projet de véhicule automobile mû par la vapeur, sa spécialité. Le premier prototype de cet engin vit le jour en 1917.

 


Le moteur bicylindre horizontal à vapeur
Pour cette étude, Rasmussen s'attacha les services d'un compatriote danois, l'ingénieur Mathiessen, qui avait déjà travaillé pour le compte de Stanley aux USA. Bien que l'étude et le prototype de cette voiture à vapeur n'aient guère donné les satisfactions qu'on pouvait en attendre, Rasmussen transforma le nom de sa société en "Dampf-Kraftwagen" (véhicule mû par la vapeur), en abrégé "DKW", sigle qui devait survivre à son créateur et ne s'éteindre qu'en 1966. Le premier logo DKW avait donc tout naturellement pour motif un volcan...

Le premier logo DKW

 

Toujours désireux de diversifier ses fabrications, Rasmussen embaucha un ingénieur du nom de Hugo Ruppe qui venait de développer un micro-moteur 2 temps de 18cm3, moteur destiné à remplacer ceux à vapeur jugés trop dangereux pour entraîner les jouets des enfants (à cette époque les jouets représentant des animations techniques mûs par des petits moteur étaient très en vogue). Un nom utilisant les 3 lettres D.K.W. fut vite trouvé pour ce petit engin: "des Knaben Wunsch" ou "le souhait du gamin".
Ce premier moteur 2 temps fut développé et, sa cylindrée passant à 118cm3, il servit à bien d'autres applications, telles l'entraînement de pompes puis comme moteur auxiliaire pour motoriser des vélos, cette fois sous l'appellation "das kleine Wunder" ou "la petite merveille". De façon logique, Rasmussen se lança alors en 1921 dans la construction de vélomoteurs et de motos légères.

Le micro-moteur de 18cc

 


DKW 1922 Reichsfahrtmodell
Cette moto légère répondait au "doux" nom de "Reichsfahrtmodell" en référence à une course Berlin-Heidelberg organisée à l'automne 1921, le "Reichsfahrt" ou "rallye impérial" et brillamment remportée par les toutes nouvelles petites DKW qui s'octroyèrent les 3 premières places. Ces motos, construites en série à partir du début de 1922, portaient le premier emblème de la marque, un volcan, sur le réservoir.
Le succès fut au rendez-vous, tant et si bien qu'en 1928 DKW se hissa au premier rang mondial des fabricants de 2 roues avec, cette année là, environ 50 000 exemplaires construits.

 


Quand il y avait encore incertitude
sur le nom : DKW ou DGW ?
En 1928, se souvenant de sa participation à la création de la société automobile "Elite", Rasmussen prit une participation dans la société berlinoise "SB" (Slaby-Beringer) qui construisait un quadricycle électrique qui, dès lors, reçut la "petite merveille", le fameux petit moteur DKW. Sur cette étrange voiturette tout en bois baptisée "Bergsteiger" (le grimpeur de montagne), le moteur de 118cm3 était bizarement disposé sur le marche-pied gauche. C'est sans doute la carrosserie auto-porteuse en bois de ces micro-voitures qui lui inspirera la future structure des vraies petites autos qui verront le jour quelques temps plus tard.

La SB équipée du petit moteur DKW

 


Rasmussen (à gauche)
lors de la présentation officielle de la P 15
Rasmussen décida de prendre pied sur le marché automobile en concevant ses premières voiturettes et racheta finalement "SB" en difficulté. DKW présenta fin 1928 sa première "vraie" voiture, la "P 15", motorisée par le bicylindre moto de 600cm3, à carrosserie auto-porteuse en bois et contreplaqué.
Cette même année 1928 Rasmussen racheta la société Audi moribonde et en profita pour équiper les modèles "Dresden" et "Zwickau" de moteurs 6 et 8 cylindres en ligne américains "Rickenbacker" dont il avait racheté la licence de fabrication et tous les outillages de production.

Audi Dresden
à moteur DKW-Rickenbacker 6 cylindres

 


Triporteur Framo, vendu quelque temps avec moteur DGW et non plus DKW
Entre temps notre danois s'intéressa aux véhicules utilitaires à 3 roues qui rencontrèrent un grand succès sous le nom de "Framo", société qu'il avait aussi créée. Un peu plus tard ces triporteurs donnèrent naissance à des voiturettes portant toujours la marque "Framo", tel le modèle aérodynamique "Stromer" pouvant être conduit sans permis vu sa faible cylindrée de 200cm3.

La Framo - Stromer de 1934

 


Refrigerateur pour restaurant DKW
Mais Rasmussen, de plus en plus préoccupé à diversifier ses activités en créant et reprenant de nouvelles sociétés, abandonna son rôle de créateur pour se consacrer de plus en plus à la gestion de son empire industriel naissant. Il eut le soin de s'entourer de techniciens réputés qui dès lors seront en charge de matérialiser les idées du brillant danois. Dans la diversification des activités DKW on trouve, entre autres, la construction de planeurs, d'avions légers et de réfrigérateurs qui eux aussi bénéficièrent des 3 lettres magiques DKW pour signifier cette fois "das Kühl-Wunder" ou "la merveille de fraîcheur".
En 1931 la marque fit sensation en présentant la première traction avant de grande série au monde, le modèle "F1" (F pour Front= Avant), fidèle bien entendu au moteur 2 temps. Rasmussen avait chargé le bureau d'étude Audi de crééer une petite voiture populaire à traction avant, étude qui fut réalisée dans le temps record de 6 semaines, présentation du prototype comprise (!). La célèbre DKW F1 à moteur transversal de 600cm3 était née. Dorénavant DKW sera synonyme de moteur 2 temps et de traction avant.

La célèbre F1, première d'une longue lignée qui ne s'éteindra qu'en 1966
C'est aussi en 1931 que Rasmussen se procure l'exclusivité mondiale pour un système qui révolutionne le moteur 2 temps : le balayage inversé "Schnürle".
Le succès était en marche.

Mais la Grande Crise Mondiale de 1929 avait laissé des traces et DKW devra s'adapter pour survivre.

Le temps des changements...

1932 fut une année économique noire en Allemagne. L'effondrement de l'économie, valable pour l’ensemble de la production allemande de l’époque, se retrouvait bien entendu dans l’industrie automobile du Land de Saxe. DKW avait déj&agrae; pris le contrôle d'AUDI. Et maintenant une autre société saxonne d’automobiles se retrouvait au bord de la faillite : Horch de Zwickau. Il est sûr que les luxueux modèles produits par cette firme étaient particulièrement touchés par la crise économique. La Banque Régionale de Saxe, bien trop sollicitée par l’avalanche de faillites dans tous les secteurs d’activité, ne pensait pas être en mesure de sauver Horch. Le désastre guettant cette firme n’aurait sans doute pas non plus épargné DKW : ce n’était qu’une question de temps.
Incapable de soutenir Horch, la banque régionale de Saxe se tourna alors vers Rasmussen afin qu’il procède à la liquidation du prestigieux constructeur. Le Dr Richard Bruhn de la Banque de Saxe, siégeant au conseil d’administration de DKW à Zschopau, devait collaborer avec Rasmussen pour cette liquidation. Mais, devant les conséquences de cette mesure (perte de milliers d’emplois), et eu égard à la délicate situation politique interne de l’Allemagne durant ces années-là, cette solution parut impossible à appliquer. On décida donc de regrouper les trois marques au sein d’une même entreprise. Ce groupe, dont l’acte de naissance officiel fut fixé au 29 Juin 1932, regroupait, sous l’appellation AUTO UNION les quatres grandes entreprises automobiles saxonnes : AUDI (propriété de DKW depuis 1928), HORCH et le département automobile de WANDERER. Le sigle retenu fut les fameux quatre anneaux entrelacés, inspiration des anneaux olympiques, car il y eut des jeux à Los Angeles cette même année 1932. Chaque anneau symbolise donc une des quatre marques dorénavant regroupées. Dans ce nouveau groupe DKW, qui constituait l’élément dynamique de cette constellation, su parfaitement mettre à profit son dynamisme et s’ancra encore davantage sur le marché des petites cylindrées populaires et peu coûteuses.

LA F8 1938 était disponible en 2 versions : Reichsklasse 600 cm3 et Meisterklasse 700 cm3
Le développement des modèles "F", tous équipés de moteurs 2 temps, atteindra son apogée avec la "F 8". Selon le contenu de sa bourse, le client avait le choix entre diverses versions se distinguant par la puissance de leur moteur et la richesse plus ou moins grande des équipements. Cela allait de la spartiate "Reichsklasse" de 600 cm3 et 18 ch à la "Front Luxus Cabriolet" à carrosserie tout acier de BAUR, en passant par la bourgeoise "Meisterklasse" de 700 cm3 et de 20 ch.
Toutefois les modèles à propulsion "4=8" puis "Schwebeklasse" et "Sonderklasse" restèrent au programme de fabrication, toujours équipés d'un curieux moteur 2 temps à 4cylindres en V qui ne reçut jamais le balayage inversé "Schnürle" dont Rasmussen s'était attaché l'exclusivité mondiale dès 1931.

 

Le groupe Auto-Union devait, à l’origine, n’avoir qu’une existence provisoire, la reprivatisation des diverses sociétés, dès l’amélioration des conditions économiques, étant prévue dans les statuts.
Mais le (triste) changement de régime du 30 Janvier 1933 modifia radicalement les données du problème. Les prérogatives des personnes physiques ayant créé Auto-Union leur furent déniées par le nouveau régime. Les influences et les intrigues politiques déclenchèrent des divergences d’opinion au sein du conseil d’administration. Rasmussen, qui avait reçu au départ la fonction de directeur technique, perdit rapidement son influence. Il fut poussé à demander son congé en 1934. Il fut démissionné par le conseil de surveillance le 31 Décembre 1934, sans motif et sans préavis.
Le procès qu’il engagea ne vint jamais devant les tribunaux. Un "arrangement", à l’instigation "des plus hautes autorités", lui permit d’obtenir un dédommagement partiel mais aucune réparation du préjudice subi. C’est peut-être en guise de compensation que, la même année, et pour son 60ème anniversaire, il fut nommé Docteur Honoris Causa de l’Université technique de Dresde…
Il ne revint jamais dans le groupe Auto-Union. DKW continua sans son fondateur.
Rasmussen s’occupera désormais, avec ses trois fils, de ses sociétés restées en dehors du groupe Auto-Union, dont Framo. Dès 1938, il s’était établi près de Berlin où, avec l’ingénieur Petersen, il s’occupa de nouvelles études techniques.
De son côté, afin de contrer la "KdF" ou "Voiture du Peuple" annoncée pour 1940 par le tout nouveau producteur Volkswagen, DKW mit au point sa "F 9", véritable sensation dans cette catégorie pour ce qui était de la puissance, du confort, de la tenue de route et du plaisir de conduite. Neuf voitures de présérie seront construites. Mais la guerre éclate et la série ne verra jamais la jour.

En 1945, après la défaite allemande, les soviétiques confisquèrent et démantelèrent les usines Auto Union ainsi que celles de Framo. Hans Rasmussen, fils de J.S.Rasmussen et qui était le gérant de FRAMO est arrété par l'Administration Soviètique et meurt le 21 Septembre 1945 dans le camp de Toszek (Pologne). Les usines Auto Union et Framo donneront alors respectivement naissance à IFA-Sachsenring et IFA-Framo qui deviendra à son tour IFA-Barkas.

C'est un des neuf prototypes F9 de 1939 qui, ayant survécu miraculeusement aux destructions de guerre, servira de modèle pour la futur IFA F9 à l'Est et pour la DKW 3-6 à l'Ouest.

Prototype de la F9 de 1939

 


DISA 125 cm3
prototype du début des années 50
A la fin de la guerre J.S.Rasmussen se trouvait à Flensburg avec le reste de sa famille et, en 1948, il rejoignit son Danemark natal. Il s’attela, avec son plus jeune fils Arne, pour le compte de la société danoise Disa, à la création d’une nouvelle moto légère qui ne fut produite qu’en toute petite série.
Il s'éteindra le 12 août 1964 à Copenhague, à l'âge de 86 ans, après une vie pleine de créations, de succès et de prévoyance tant industriels qu'économiques.
Il était toujours resté citoyen danois, ce qui, peut-être, peut expliquer ses déboires en Allemagne à partir de 1933. Ses plus grands mérites resteront d’avoir donné consistance au groupe Auto-Union (car sans DKW, il n’y aurait plus eu de voitures Auto-Union après guerre), mais surtout d’avoir donné ses lettres de noblesse au moteur deux temps qui, de nos jours, domine encore la compétition motocycliste et, qui sait, demain, équipera peut-être de nouveaux nos voitures.

Rasmussen, âgé de 80 ans

 

SOURCES :
- Michel "Automobilix" PESQUET
- Amicale Auto-Union France

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Vous y trouverez TOUT ce qui concerne les DKW. C'est pourquoi nous ne créerons pas de chapitre qui y soit dédié.

Plus de photos dans l'album DKW



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